
« Ces évaluations étant faites dans l’anonymat le plus complet, il est bien sûr impossible d’en contrevérifier le fondement et les motivations auprès des signataires et elles ont donc l’effet pervers de jeter le professeur ou le chargé de cours qui y est soumis, en pâture à ses étudiants, qui peuvent nourrir de l’antagonisme à son égard et animés de motifs pouvant être discutables, en arriver, si je peux me permettre d’utiliser cette expression triviale, à vouloir lui “faire la peau”. »*
Ces propos ne sont pas ceux d’un syndicaliste, mais de Me Richard Bertrand, arbitre de grief. Ils soulignent les effets pervers de l’anonymat et la difficulté de vérifier le fondement des appréciations étudiantes. Ces sondages ne sauraient donc, à eux seuls, constituer une mesure fiable des qualités pédagogiques d’une personne chargée de cours. Pourtant, l’UQO souhaite leur donner davantage de poids pour imposer des conséquences aux personnes dont les appréciations sont jugées « insatisfaisantes »!
C’est dans ce contexte que la séance de négociation du 9 octobre s’est déroulée. La séance de négociation s’est finalement limitée à l’après-midi, l’Employeur ayant besoin de plus de temps pour finaliser ses demandes concernant l’article 13 qui porte sur l’appréciation et l’évaluation des enseignements. Comme prévu, les discussions sur cet article s’annoncent difficiles.
L’Employeur souhaite accroître les conséquences des appréciations dites « insatisfaisantes ». Il propose notamment d’imposer des formations individuelles données par le Centre de soutien en innovation et pédagogie universitaire (CSIPU) et de tenir compte des appréciations insatisfaisantes dans plus d’un cours.
La délégation syndicale a rappelé les limites de l’outil de mesure utilisé, documentées par la recherche, ainsi que le caractère formatif du processus, expressément reconnu à la clause 13.01. L’accompagnement pédagogique doit permettre d’améliorer l’enseignement, et non devenir un mécanisme de sanction fondé sur un instrument imparfait.
La question de la santé psychologique des personnes chargées de cours est au centre des préoccupations du SCCC-UQO. Les commentaires inappropriés, injurieux, sexistes et racistes devraient être retirés, et ces appréciations, invalidées. Souvenons-nous que le Comité de la condition féminine du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec en Outaouais (SPUQO) et deux membres du Comité de la condition féminine du SCCC-UQO ont fait un sondage auprès des ressources enseignantes de l’UQO en lien avec l’appréciation de l’enseignement. Leurs résultats confirment que les commentaires de la communauté estudiantine ont des effets négatifs sur la santé mentale de plusieurs d’entre elles.
Par ailleurs, le Syndicat a fait une demande d’accès à l’information afin d’obtenir ces commentaires. Cette demande a été refusée par l’Employeur. Ainsi, ce litige se retrouve devant la Commission d’accès à l’information. Quelle perte de temps et d’argent!
La rencontre s’est terminée par des échanges sur l’article 20 consacré aux congés parentaux. Le Syndicat a réaffirmé que les femmes chargées de cours doivent bénéficier d’un congé de maternité décent et que les considérations financières ne doivent pas faire obstacle à cet objectif. La solution obtenue par le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi (SCCCUQAC) doit pouvoir être adoptée à l’UQO. Alors qu’une femme dirige l’Université, un refus serait d’autant plus difficile à accepter.
*Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université du Québec en Outaouais (SCCC-UQO/CSN) et Université du Qué
bec en Outaouais, grief no 12-2015, sentence du 2 janvier 2018, arbitre Richard Bertrand, par. 208, p. 32.
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