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Depuis quelques années, un glissement préoccupant s’opère à l’UQO : celui d’une université où la personne étudiante est de plus en plus traitée comme un client et où le principe implicite devient que « le client a toujours raison ». Cette logique de clientélisme n’est pas sans conséquences. Elle affecte directement l’intégrité des études, la crédibilité des diplômes et, surtout, les conditions de travail des personnes chargées de cours.

La récente directive du Vice-Rectorat à l’enseignement et à la réussite concernant le plagiat et la fraude s’inscrit pleinement dans cette dynamique. D’un côté, l’institution rappelle que les sanctions doivent être appliquées conformément au Règlement concernant le plagiat et la fraude. De l’autre, les décisions et les pratiques internes rendent ces règles pratiquement inopérantes. Depuis la modification du règlement en juin 2023 visant à interdire l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les activités évaluées, le Comité de discipline a choisi de ne pas sanctionner l’usage de l’IA en l’absence d’aveu. Cette posture envoie un message clair : la fraude est tolérée tant qu’elle n’est pas avouée.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que certaines personnes chargées de cours règlent désormais seules les cas de fraude. Ce n’est pas un excès d’autorité ou une dérive individuelle : c’est le symptôme d’une perte profonde de confiance envers les instances universitaires. Déposer un dossier de plagiat exige plusieurs heures de travail non rémunéré pour rassembler des preuves, rédiger une dénonciation et suivre un processus lourd dont l’issue est bien souvent décevante. Lorsque l’effort demandé est considérable et que les résultats sont inexistants, la confiance s’effrite inévitablement. Bien que le SCCC-UQO dénonce la situation, nous encourageons nos membres à respecter les directives officielles.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que, pendant que les enjeux liés à la fraude et à l’IA explosent, le Comité sur l’intégrité dans les études et le plagiat ne siège pas. L’institution se montre ainsi absente là où elle devrait être pleinement engagée. Elle laisse le personnel enseignant gérer seul des problèmes systémiques tout en rappelant à l’ordre celles et ceux qui tentent, tant bien que mal, de faire respecter les règles. Bref, il y a quelque chose de brisé à l’UQO.

Cette logique s’inscrit dans un ensemble plus large de décisions qui vont toutes dans le même sens. La directive sur la libre circulation des étudiantes et des étudiants, la limitation des examens en présence, notamment en formation à distance, et l’absence de mécanismes efficaces pour encadrer l’usage de l’IA contribuent à affaiblir les exigences académiques. Le message implicite est constant : il faut éviter les conflits, éviter les sanctions, éviter de contrarier la « clientèle ».

Le Syndicat refuse cette vision de l’université. Une institution d’enseignement supérieur ne peut être gérée comme une entreprise de services où la satisfaction du client prime sur la rigueur universitaire. Défendre l’intégrité des études, c’est aussi défendre les personnes chargées de cours, leur expertise, leur temps et leur autonomie professionnelle. C’est également protéger la valeur des diplômes. Tant que l’UQO n’assumera pas pleinement ses responsabilités et ne redonnera pas de crédibilité à ses instances, ce sont les fondements mêmes de l’université qui continueront de s’effriter.