
La nouvelle est tombée discrètement, au détour des résolutions du Conseil d’administration du 1er décembre : l’UQO suspend les admissions au baccalauréat en traduction et rédaction (7101) ainsi qu’à la majeure en rédaction professionnelle (6442), invoquant des effectifs étudiants jugés trop faibles. Sur papier, il ne s’agit que d’une pause. Dans les faits, c’est souvent le premier pas vers l’abolition. Et tout porte à croire que nous venons d’assister au tournant décisif d’un lent démantèlement.
Il faut se rappeler que ces programmes ne sont pas tombés du jour au lendemain. Depuis plusieurs années, des tensions internes ont profondément ébranlé ce secteur : conflits interpersonnels entre professeures, mésententes prolongées, départs non remplacés. Ces dynamiques ont finalement mené à la dissolution du Département d’études langagières, laissant les programmes orphelins et fragilisés. Lorsque les structures départementales s’effritent, les programmes finissent rarement par être consolidés. Ils s’éteignent graduellement, faute de volonté institutionnelle de les relancer.
Cette suspension survient aussi dans un contexte où l’intelligence artificielle occupe une place grandissante dans les décisions liées à l’avenir des programmes universitaires. La résolution du CA évoquait explicitement ce facteur dans les discussions préalables : les outils de traduction automatisée et les générateurs de texte sont désormais omniprésents au point où certains se demandent s’il vaut encore la peine de former des spécialistes de la traduction. À l’échelle de l’UQO, la question semble avoir trouvé sa première réponse : on suspend, on observe et on laisse doucement s’éroder ce que l’on ne choisit plus de défendre.
Mais derrière cette décision, il y a des personnes. Les chargées et chargés de cours qui assuraient une grande partie de l’enseignement dans ces programmes se retrouvent aujourd’hui dans une position extrêmement précaire. Certains ne recevront plus aucune charge à partir du moment où il n’y aura plus suffisamment d’étudiantes et d’étudiants inscrits. Rien ne leur sera annoncé formellement : ils disparaîtront simplement des horaires jusqu’à glisser hors des listes de pointage après trois ans d’inactivité, comme le prévoit notre convention collective. C’est une sortie silencieuse, sans reconnaissance, sans transition, sans accompagnement. Une manière de perdre son travail… sans jamais qu’on vous le dise réellement. Pendant ce temps, les anciennes professeures ont été réparties dans quatre départements et continueront leurs carrières à l’UQO.
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