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À partir de septembre 2019, les universités québécoises pourront fixer les droits de scolarité des étudiantes et des étudiants internationaux. L’objectif est de permettre une augmentation importante des revenus autonomes des universités. Quelles seront les conséquences pour l’Université du Québec en Outaouais (UQO) autant pour son campus de Gatineau que pour celui de Saint-Jérôme?

Selon une étude de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), ce sont trois universités qui pourront bénéficier de cette manne : l’Université McGill, l’Université Concordia et, dans une moindre mesure, l’Université de Montréal. Les universités francophones sont défavorisées de deux manières. D’une part, les étudiantes et les étudiants français et franco-belges sont exemptés de cette mesure et ne verront pas leurs droits de scolarité réglementés.  Ils constituent une partie importante de l’effectif étranger de l’UQO. D’autre part, la barrière de la langue fait en sorte que les étudiants étrangers les plus fortunés, notamment ceux originaires d’Asie, s’inscrivent dans des universités anglophones. Bref, cette mesure risque d’agrandir le fossé du financement entre les universités anglophones et francophones, fossé qui existe déjà par une philanthropie plus développée dans la communauté anglophone.

À ce clivage s’ajoute celui des universités les plus prestigieuses, de grande taille et situées en milieu urbain, face aux universités de petites tailles situées en région. Ces universités de proximité ont pourtant une grande utilité, notamment pour les étudiantes et étudiants à parcours atypiques. Nous pouvons y retrouver une population étudiante davantage à temps partiel, en situation de handicap, au retour aux études ou en situation de monoparentalité. Ces universités n’ont pas les ressources pour attirer les étudiantes et les étudiants étrangers provenant de milieu aisés.

Malheureusement, l’UQO est dans cette situation. Elle est une université francophone entourée, dans la région d’Ottawa, de trois universités anglophones ou bilingues. Bien qu’elle offre des programmes de bonne qualité, elle n’a pas les moyens d’attirer de manière importante à l’étranger. En somme, avec cette nouvelle mesure, elle est condamnée à pérécliter face aux autres universités québécoises.

D’ailleurs, certaines universités francophones décident d’offrir des programmes en anglais afin d’attirer ces étudiantes et étudiants internationaux. L’UQO a déjà adopté cette voie en créant, dans le passé, un programme de maîtrise en gestion de projet entièrement en anglais. Ce programme avait créé une crise majeur et avait divisé la communauté universitaire. Au final, l’UQO avait reculé et, aujourd’hui, tous les programmes sont enseignés en français. Il serait surprenant que l’UQO revienne en arrière sur cette question, d’autant plus que les universités de langue anglaise ou bilingues sont nombreuses à Ottawa. Peut-on vraiment imaginer que l’UQO puisse compétitionner avec l’Université d’Ottawa sur le « marché de l’étudiant étranger »? N’oublions pas que l’UQO a avant tout une mission de proximité et que les programmes offerts doivent être avant tout bâtis dans l’intérêts de la population outaouaise et laurentienne.

Tous sont favorables à une augmentation du nombre d’étudiantes et d’étudiants étrangers. Toutefois, il faut le faire pour les bonnes raisons : ouverture sur le monde, échanges d’expertises et coopération. Cette marchandisation de l’étudiant étranger, qui servirait à combler le sous-financement public, ne remplit pas cette mission. Le 28 février dernier, le Parti québécois, Québec Solidaire et plus d’une quinzaine d’associations étudiantes ont demandé un moratoire sur le sujet. Nous croyons également que cette question devrait être réévaluée, car les conséquences, pour notre communauté, pourraient être désastreuses.

Nicolas Harvey